En septembre 2022, Emmanuel Macron demandait de « mieux utiliser » le réseau France Médias Monde dans la bataille d’influence en Afrique. Les rédactions de RFI et de France 24 avaient protesté : elles n’étaient pas, disaient-elles, les « porte-voix de l’Élysée ». Quatre ans plus tard, deux imbroglios en Guinée et au Togo relancent le débat autour de l’indépendance de ces médias de service public. Emmanuel Macron aurait-il réussi son coup, et transformé RFI et de France 24 en petits ORTF en couleur, relayant la bonne parole de l’Elysée ?
Le 14 septembre 2026, un présentateur de France 24 qualifiait le dictateur guinéen Mamadi Doumbouya de « président putschiste ». En réaction, le pouvoir Conakry a interdit la chaîne. La directrice de la chaîne Vanessa Burggraf a alors écrit au chef de l’État pour s’excuser ; le présentateur a rectifié à l’antenne. Pourtant, les journalistes de France 24 utilisent régulièrement le terme de « juntes » ou de « putschistes » pour désigner les régimes de l’AES, alliés au Russe. Mais pour Mamadi Doumbouya, autocrate allié de Macron, ce n’est visiblement pas la même chanson. Deux poids, deux mesures.
Au Togo, RFI et France 24 sont suspendus le 16 juin 2025, en pleine contestation populaire contre le président du conseil Faure Gnassingbé. Depuis, les deux médias font des mains et pieds pour convaincre le régime togolais de lever cette interdiction. Quitte à marcher sur leurs principes. France 24 a par exemple passé sous silence, pendant plusieurs jours, la répression des manifestations au Togo, qui a fait 7 morts. Emmanuelle Sodji, correspondante permanente au Bénin et au Togo depuis de nombreuses années, a été écartée pour un motif ubuesque. En réalité, c’est le pouvoir togolais qui a obtenu la tête de la correspondante, connue pour sa liberté de ton. Plus grave, le successeur d’Emmanuel Sodji doit être choisi avec l’aval des autorités locales, ce qui est un nouveau coup de canif dans l’indépendance de la chaîne.
Soumis à des pressions de part et d’autre de la Méditerranée, France 24 ou RFI sont-ils encore des médias libres ou sont-ils des chaînes gouvernementales au service de la parole officielle de la France ? À la lumière des derniers événements, notre journaliste Thomas Dietrich se pose la question et révèle les dessous de ces médias de service public qui sont devenus un enjeu, et qu’Emmanuel Macron voit même comme une arme.

